From: owner-abeilles@fundp.ac.be
On Behalf Of Jean-Marie Van Dyck
Sent: December 21, 2000 4:53 AM
To: Liste Abeilles
Subject: RE: Imidaclopride
Voici le texte annoncé par René GUILLAUME
<rene.guillaume@sofresid.com> dans son message intitulé "RE:
Imidaclopride". Il me semble plus facile à lire sous cette forme :)
Jean-Marie Van Dyck
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<Flazasulfuron.txt>
Le champagne victime d'un herbicide ! Ce pourrait être un canular, c'est la
réalité dans une partie du vignoble champenois.
Un sixième du vignoble touché par la chlorose
En Champagne, les viticulteurs ont l'habitude de voir leurs vignes jaunir. Le
phénomène se produit presque tous les ans. Dans cette région aux sols
crayeux, il suffit de pluies abondantes, d'un printemps glacial pour que le
vignoble change de couleur. <, C'est un problème de nutrition de la vigne,
explique M-, Pascaud, spécialiste de la vigne au SRPV (Service régional de la
protection des végétaux) de Reims. En cas de forte pluviosité, le sol crayeux
stocke beaucoup d'eau, les racines ont du mal à respirer, elles sont
asphyxiées. Lorsqu'elles sont gorgées d'eau, elles n'absorbent plus les
éléments nutritifs qui leur sont nécessaires. » Carencée en fer, la plante
s'anémie. C'est ce que les professionnels appellent la chlorose. Au mois de
juin 2000, comme souvent à pareille époque, une partie des parcelles se sont
décolorées. Bizarrement, des vignes qui ne sont jamais touchées ont été
atteintes et le phénomène a pris plus d'ampleur que d'habitude. Les vignerons
ont attendu le reverdissent, pas trop inquiets. D'après les spécialistes, tous
les phénomènes étaient réunis pour qu'il y ait chlorose. La vendange
abondante de 1999 avait fatigué la vigne. Ses réserves étaient amoindries,
elle les a épuisées en démarrant trop vite pendant la canicule de mai.
Ensuite, le retour de la pluie et du froid a empêché les racines d'assimiler
le fer. Bref, le cocktail était favorable à la chlorose. La vigne allait donc
reverdir, c'était une question de jours. Mais cette fois, rien à faire, elle
est restée jaune. Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) a
reçu les premières plaintes début juillet. Puis elles se sont multipliées.
Aussitôt, ses services ont mené l'enquête. « Le travail a été plus
facile que prévu, on a établi les responsabilités en quelques jours, explique
Dominique Moncomble, directeur technique du CIVC. Quand un nouveau produit
phytosanitaire arrive sur le marché, les viticulteurs l'essaient sur une partie
de leurs parcelles. Ils continuent à employer les produits auxquels ils sont
habitués sur les autres et ils comparent les résultats. , Ces habitudes
champenoises ont facilité la traque du coupable. Presque partout le même
constat. Quelques parcelles vertes, quelques parcelles jaunes. Et à chaque
fois, la même explication. Les vignes jaunies ont été traitées avec le
nouveau désherbant, les autres avec un produit classique. Un rude revers pour
le CRVC, qui avait chaudement recommandé ce nouvel herbicide à la, profession.
Comme d'habitude, les avis techniques du puissant comité avaient été suivis
à la lettre. Résultat, sur les 31 000 hectares que compte le vignoble
champenois, 15 000 ont été traités avec Mission ou Katana, les deux
herbicides révolutionnaires de la firme Zeneca Sopra. 5 000 hectares, soit un
tiers des surfaces traitées, n'ont pas reverdi. Et 1 000 hectares de pieds de
vigne risquent même de mourir. Du jamais vu dans le Champenois. L'affaire est
d'autant plus incroyable que le coupable, un désherbant à base de
flazasulfuron, a été introduit dans le @ignoble en raison de ses qualités
environnementales ! Pour la multinationale Zeneca Sopra qui le commercialise, il
présente un «profil écotoxicologique très favorable, et « s'intègre
parfaitement dans le nouveau concept de viticulture raisonnée ».
La vigne ne s'en remet pas Parole de fabricant, certes, mais qui fut
entonnée haut et fort par les instances professionnelles. « C'est un produit a
priori très respectueux de l'environnement, il ne laisse pas de traces. Pour
notre vignoble, qui s'oriente vers la production raisonnée, il avait le bon
profil », souligne Daniel Lorson, directeur de la communication au CIVC. Côté
réglementation, le comité d'homologation du ministère de l'agriculture a
autorisé ce produit sur la vigne en 1999. Si le flazasulfuron, substance active
qui fait l'efficacité du désherbant, est jugée « très toxique pour les
organismes aquatiques » et «pouvant entraîner des effets néfastes à long
terme pour l'environnement aquatique, les formulations commerciales, qui
contiennent 25 % de matière active, sont exonérées de classement sur le plan
écotoxicologique. Tout allait donc pour le mieux, à une nuance près... c'est
qu'une partie de la vigne, elle, ne s'en remet pas ! Nous avons donc interrogé
le ministère de l'agriculture. « Le produit est autorisé, c'est une affaire
purement privée, un litige entre les utilisateurs et la firme qui le
commercialise. » Bref, pour l'administration, l'homologation quelle a
délivrée n'est pas en cause. Du côté de Zeneca Sopra, la réponse fut tout
aussi définitive dans un premier temps. « Rien ne permet de dire que nos
produits sont en cause. » Un propos ensuite tempéré par Pierre Cohadon, le
directeur du marketing. , Certains forts sont troublants, mais on observe aussi
de la chlorose sur des vignes non traitées. D'ailleurs, nous avons fait cinq
années d'expérience dans les vignobles français et nous n'avons jamais rien
observé. » La première saison de commercialisation est pourtant impitoyable.
Car si le problème se pose avec plus d'acuité en Champagne du fait du nombre
de surfaces traitées, les viticulteurs du Chablis, du Sancerre et du Cognac
sont tout aussi remontés contre les herbicides de Zeneca Sopra. Dans le
Bordelais, nature des sols et habitudes se sont conjuguées pour atténuer le
phénomène. « Chez nous, note M. Pradier, conseiller viticole, on reste
méfiant vis-à-vis des nouveaux produits, on prend le temps de regarder pendant
un an ou deux avant d'essayer. Il a été très peu utilisé, niais son
efficacité paraissait remarquable. » Un avis unanime. Tous les conseillers
viticoles que nous avons contactés le plébiscitaient... avant que la vigne ne
jaunisse.
Récemment homologué Reste à expliquer comment un désherbant qui a
récemment subi des tests d'homologation peut se révéler aussi inadapté. «
Les conditions de la chlorose étaient réunies, le produit a exacerbé le
phénomène. Sans effet sur le cépage chardonnay, il a entraîné des
problèmes sur le pinot noir, >, diagnostique le rapporteur national sur le
désherbage, Jérôme Boyer, du SRPV de Beaune. Des éléments qui avaient
échappé lors de la procédure d'homologation. Une nouvelle fois, comme pour le
Gaucho, insecticide vedette de Bayer qui nuit aux abeilles (QC n° 348), elle se
trouve à nouveau sur la sellette. En attendant que l'affaire soit instruite,
tous les partenaires se retrouvent dans une procédure judiciaire conjointe.
Restent deux questions fondamentales. Y aura-t-il du champagne sur les tables
des fêtes ? Le raisin est-il contaminé ? Côté quantité, rien à craindre
dans l'immédiat. Mais pour qu'une vigne produise une année, il faut quelle ait
constitué des réserves l'année précédente. C'est la vendange 2001 qui
risque d'être compromise. Côté qualité, le problème se pose en revanche
pour le millésime 2000 qui vient d'être vendangé. Les instances
interprofessionnelles assurent n'avoir trouvé aucun résidu dans les raisins
issus de vignes jaunies. De leur côté, les inspecteurs de la Direction
générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des
fraudes ont prélevé des grappes. Les analyses sont en cours. Elisabeth
Chesnais
Que Choisir 377 - décembre 2000
LE FLAZASULFURON
La vendange 2001 risque de pâtir du traitement herbicide qui a affaibli la
vigne cette année. Etrange parcours que celui du flazasulfuron. Fabriquée par
une firme japonaise, cette substance active a subi tous les essais de
laboratoire nécessaires à l'homologation au Japon. La multinationale Zeneca
Sopra a ensuite négocié l'exclusivité de sa distribution à prix d'or. 300
millions de dollars de source officieuse. Or, malgré cette dépense, le
flazasulfuron n'a été homologue qu'en France pour le désherbage de la vigne.
Question d'habitudes, assurent des spécialistes, l'Italie et l'Espagne, les
deux autres grands producteurs de vins de l'union européenne, ne désherbent
pas en pré levée. Précipitation pour d autres. Une courte carrière en tout
cas. On imagine mal les viticulteurs continuant à s'approvisionner en Mission
ou Katana auprès de Zeneca Sopra !
Que Choisir 377 - décembre 2000 |